Quiz, badges, défis, points, escape games, classements… La gamification s’est largement installée dans les pratiques de formation. Bien utilisée, elle peut créer de la dynamique, favoriser les interactions et rendre certaines activités plus stimulantes.
Mais faut-il forcément jouer pour donner envie d’apprendre ? Heureusement, non.
L’envie d’apprendre ne dépend pas uniquement de la manière dont on habille une activité. Elle se construit aussi à partir de ce que l’apprenant comprend de son utilité, de la curiosité qu’elle suscite et du sentiment qu’il est réellement en train de progresser.
Avant de chercher à rendre une formation plus ludique, il peut donc être intéressant de revenir à quelques leviers beaucoup plus simples.

Commencer par une vraie raison d’apprendre
« Aujourd’hui, nous allons voir… »
Cette entrée en matière est classique mais elle ne donne pas forcément envie d’aller plus loin.
Un apprenant s’intéresse davantage à un contenu lorsqu’il comprend rapidement ce qu’il va pouvoir en faire. La question n’est pas seulement de présenter un objectif pédagogique mais de rendre visible le problème auquel l’apprentissage va répondre.
Imaginons une formation sur la conduite d’entretien. Commencer par expliquer les différentes étapes d’un entretien est possible. Mais partir d’une situation comme « Vous posez une question et votre interlocuteur ne répond que par oui ou non. Que faites-vous ? » crée immédiatement une autre dynamique.
Le contenu devient la réponse à une difficulté concrète.
Donner envie d’apprendre commence souvent par là : faire apparaître une bonne raison de vouloir savoir.
Créer de la curiosité plutôt que tout expliquer immédiatement
Le formateur possède le contenu. Il connaît la réponse et il peut être tentant de la transmettre le plus clairement possible dès le départ.
Pourtant, laisser une petite part d’inconnu peut être beaucoup plus stimulant.
Une situation surprenante, un cas à résoudre, une affirmation à discuter ou une question dont la réponse n’est pas évidente créent une tension intellectuelle. L’apprenant cherche à comprendre.
Il ne reçoit plus simplement une information. Il en ressent le besoin.
La curiosité peut naître de choses très simples :
- une question inattendue ;
- deux situations apparemment similaires qui produisent des résultats différents ;
- une erreur à repérer ;
- un problème dont il manque une partie de la solution.
Il n’est pas nécessaire de transformer l’activité en jeu. Il suffit parfois de ne pas donner la réponse trop vite.
Permettre de voir sa progression
Une formation peut devenir décourageante lorsque l’apprenant ne sait pas s’il avance.
À l’inverse, constater que l’on sait aujourd’hui faire quelque chose qui semblait difficile quelques heures auparavant procure une vraie satisfaction. Ce sentiment de progression nourrit naturellement l’envie de continuer.
Le formateur peut rendre cette évolution visible.
Il peut, par exemple, proposer une même situation au début et à la fin d’une séquence. Une première tentative permet d’identifier les difficultés. Après les apports et l’entraînement, les participants reprennent la situation et constatent ce qui a changé.
Cette progression peut aussi être matérialisée par des étapes, des réalisations successives ou un projet construit au fil de la formation.
L’important n’est pas de distribuer des points. C’est de permettre à l’apprenant de se dire : « Je vois ce que je sais mieux faire maintenant. »
Donner une vraie place à l’apprenant
L’envie d’apprendre diminue rapidement lorsque tout est décidé, expliqué et réalisé par le formateur.
Cela ne signifie pas qu’il faut laisser les participants construire entièrement leur formation. Mais leur donner une marge de choix peut modifier leur implication.
Ils peuvent choisir un cas sur lequel travailler, sélectionner une situation professionnelle qui leur pose problème, décider de la manière dont ils vont restituer un travail ou contribuer à déterminer les exemples qui seront approfondis.
Ces petits espaces de décision renforcent le sentiment d’être acteur du parcours.
L’apprenant ne consomme plus seulement une formation conçue pour lui. Il commence à se l’approprier.
Faire travailler sur des situations qui ressemblent au terrain
Un exercice peut être parfaitement conçu et pourtant susciter peu d’intérêt s’il paraît artificiel.
À l’inverse, une situation dans laquelle l’apprenant reconnaît son quotidien attire immédiatement davantage son attention.
« C’est exactement ce qui m’arrive. »
Cette phrase est souvent un excellent signal pédagogique.
Partir du terrain permet de rapprocher l’apprentissage de l’action. L’apprenant peut tester une manière de faire, analyser ce qui fonctionne puis imaginer comment la réutiliser ensuite.
Les études de cas, les situations-problèmes, les retours d’expérience ou les exemples apportés par les participants eux-mêmes constituent ainsi d’excellents leviers d’engagement sans nécessiter le moindre mécanisme de jeu.
Trouver le bon niveau de difficulté
Une activité trop facile finit par ennuyer. Une activité trop difficile peut décourager.
Entre les deux existe une zone particulièrement intéressante : celle où l’apprenant doit faire un effort mais où la réussite reste accessible.
C’est là que le sentiment de compétence peut se développer.
Le rôle du formateur consiste alors à ajuster progressivement le niveau d’exigence. On commence avec suffisamment de repères pour permettre une première réussite puis on introduit davantage de complexité.
L’apprenant constate qu’il progresse parce qu’il parvient à résoudre des situations qu’il n’aurait pas su traiter auparavant.
Et cette progression peut être bien plus motivante qu’une récompense extérieure.
Ne pas chercher à rendre tout amusant
Apprendre demande parfois de l’effort. Certaines notions sont complexes. Certains entraînements nécessitent de recommencer plusieurs fois. Certaines compétences ne peuvent pas être acquises en quelques minutes.
Vouloir rendre chaque instant ludique peut alors devenir contre-productif.
Une formation peut être exigeante et donner envie d’apprendre. Elle peut même comporter des moments difficiles si l’apprenant comprend pourquoi cet effort est nécessaire et s’il perçoit sa progression.
L’enjeu n’est donc pas de supprimer l’effort mais de lui donner du sens.
La gamification peut parfaitement trouver sa place dans cette logique. Elle devient problématique uniquement lorsqu’elle sert à masquer un contenu qui, en lui-même, ne suscite ni intérêt ni utilité perçue.
La gamification est un levier parmi d’autres
Il ne s’agit donc pas de bannir les jeux, les défis ou les mécanismes de gamification.
Ils peuvent être très efficaces lorsqu’ils répondent à une intention pédagogique précise.
Mais avant d’ajouter un badge, un classement ou un scénario ludique, quelques questions méritent d’être posées :
- L’apprenant comprend-il pourquoi cet apprentissage lui sera utile ?
- Est-il suffisamment actif dans le parcours ?
- Peut-il constater ses progrès ?
- Les situations proposées ressemblent-elles à ce qu’il rencontre réellement ?
- Le niveau de difficulté lui permet-il d’avancer sans s’ennuyer ni se décourager ?
Si ces conditions ne sont pas réunies, ajouter du jeu ne résoudra probablement pas le problème de fond.
Conclusion
Donner envie d’apprendre ne consiste pas nécessairement à rendre une formation amusante.
L’envie peut naître d’un problème que l’on souhaite résoudre, d’une question qui intrigue, d’une situation dans laquelle on se reconnaît ou simplement du plaisir de constater que l’on progresse.
La gamification reste un outil intéressant mais elle n’est qu’un levier parmi d’autres.
Avant de chercher à rendre une formation plus ludique, il peut donc être utile de se poser une question beaucoup plus simple : avons-nous donné aux apprenants une vraie raison d’avoir envie d’apprendre ?
Pour aller plus loin
Si vous souhaitez approfondir les conditions qui favorisent l’implication des participants au-delà des seuls outils d’animation, poursuivez avec Engagement apprenant : avant de vouloir engager, commencez par sécuriser l’entrée en formation
Cet article revient sur un autre levier essentiel : créer dès le départ les conditions qui permettent à chacun de trouver sa place et de s’engager dans l’apprentissage.
